CONGRES DE TOULOUSE – 2012 – CONTRIBUTION THEMATIQUE

Contribution thématique – Congrès  du Parti Socialiste –  Toulouse 2012

 

REPUBLIQUE ET ISLAM

 

Cette contribution est  dédiée à Olivier Ferrand  qui osait défricher des terrae incognitae.

 

 

Signataires : Bariza KHIARI, Fayçal DOUHANE,…

 

La séquence politique qui vient de s’ouvrir après la victoire de la Gauche constitue pour nous socialistes un moment véritablement stratégique par rapport aux attentes qui ont été placées en nous. Le congrès de Toulouse  représente à ce titre un exercice qui va au-delà des enjeux inhérents à un parti politique. Ce congrès doit symboliser notre  capacité à faire une autre politique, qui innove, qui ose mais surtout qui rassemble.

 

Nous sortons d’une séquence politique difficile qui a vu la France se fractionner et les français se dresser les uns contre les autres selon des lignes qui ont clivé le pays entre les générations, entre les classes sociales ou entre territoires au nom d’une idéologie portée par une partie de la droite. La stratégie de droitisation de l’ancienne majorité a eu comme conséquence dangereuse d’effacer certaines frontières entre l’extrême droite et la droite républicaine. Elle a surtout créé une confusion que nous socialistes devons impérativement lever : celle consistant à faire l’amalgame entre chômage, immigration et islam pour entretenir la crainte de l’autre et valider une vision politique fondée sur le registre de la peur.

 

Le débat sur l’identité nationale, sous prétexte de libérer la parole, s’est transformé en un vaste exutoire  islamophobe. Ceci n’a pas été sans interpeller certains de nos concitoyens musulmans ou d’autres à l’instar du grand Rabbin de France Gilles Bernheim qui disait à l’occasion du débat sur la laïcité « qu’il est de plus en plus difficile d’être musulman en France  dans un climat malsain » qualifiant de « très malade une société qui cherche des boucs émissaires » Par son approche, l’ancienne majorité condamnait de fait les musulmans à la suspicion, voire à la nécessité de donner des gages supplémentaires de républicanisme. Ce qui revenait à les sommer de choisir leur camp : soit de cautionner le procès fait à l’islam, soit  de prendre des distances avec leurs croyances. Vouloir l’Autre comme soi ou le déclarer radicalement différent sont les versants d’une même médaille : le racisme.

Bien évidemment, ces blessures  sont encore présentes et n’ont pas été effacées du jour au lendemain parce que nous sommes en responsabilité. Néanmoins, les actes et propos islamophobes sont en régression depuis la prise de fonction de François Hollande, c’est sans doute parce que l’on parle moins de ces sujets. Réconcilier les français entre eux nous demande du temps, de l’engagement mais aussi le courage de s’interroger sur ce qui a pu favoriser l’émergence de tels clivages. Force est de constater en effet qu’il existe aujourd’hui encore à gauche des sujets tabous. La religion en est un, et singulièrement, l’islam. Or, il y a urgence à tenir un autre discours sur les religions afin d’apaiser nos concitoyens. Mais il s’agit d’être vigilant et d’être ferme à l’encontre des islamistes et des islamophobes qui se nourissent réciproquement.

Le but n’est pas de définir un nouveau cadre à l’exercice aux religions, la loi de 1905 représente un horizon indépassable et inégalable dans la relation qui régit le rapport entre l’Etat et les religions. L’objet de cette contribution est d’apporter un éclairage sur des points qui nécessitent d’être tranchés dans le respect du cadre républicain, afin d’éviter que l’on ne permette de jouer à opposer à nouveau foi et citoyenneté. L’objectif que nous nous fixons est donc d’initier le débat sur le discours que la Gauche se doit de développer vis à vis  de tous les croyants et en particulier des musulmans.  Cela passe notamment par la réaffirmation du message laïc et de son application éclairée vis-à-vis de l’Islam comme des autres religions.

 

Le traitement politique du fait religieux en France : renforcer la symbolique et les principes de la laïcité pour garantir l’égalité des convictions

 

Les derniers débats portant sur l’identité nationale ont souligné la difficulté que nous avions à concevoir le vivre-ensemble indépendamment des religions. La lecture du fait religieux en France a, de fait, toujours été prisonnière de la forte charge symbolique qui entoure l’histoire de France et la place des cultes sur le territoire. Dans l’inconscient collectif la relation Etat/religions s’inscrit souvent dans une perception dualiste où projet sociétal/citoyen et croyances s’affrontent pour le monopole des valeurs. Cette vision paraît paradoxale, dans un pays où la laïcité garantit pourtant les bases d’un contrat visant à l’égalité entre tous, et dont découle la liberté de conviction. Ce constat amène naturellement à s’interroger sur les facteurs réels ou fictifs qui alimentent ou cristallisent les peurs et les passions autour des religions en France.

 

Retour du religieux en France ou difficulté à parler du religieux ?

Dans un contexte marqué par des crises de toutes natures  – qu’elles soient économiques, politiques, identitaires, sécuritaires -, le retour du fait religieux serait la manifestation symptomatique de la crise de sens que traverseraient nos sociétés modernes, sans repères ou déboussolées. Quelles qu’en soient ses origines, ce phénomène – souligne la nécessité de nous pencher sur un thème dont l’appréhension reste encore trop marquée par l’émotion.

 

Cette question du croire et de ses conséquences sur la société française ne doit pas nous effrayer ou demeurer  taboue, car d’une lecture apaisée de ces sujets découle en partie la préservation de l’esprit de concorde républicain. Chacun de nous possède une identité propre, plurielle dépendant de son vécu, de son histoire, de ses origines, de sa culture, de sa confession, de ses engagements. Cette pluralité fait la richesse de notre pays et de chacun de nous. Mais pour que cette richesse soit un gage de renforcement de notre pays, il faut un socle partagé, surmontant nos diversités pour nous permettre l’échange. Tel est l’objet de la laïcité. Elle est le ciment de notre vivre-ensemble ; matrice qui surplombe nos identités plurielles.  C’est dans cet horizon que nous devons nous nous inscrire car, comme le rappelle très justement, le philosophe Henri Pena Ruiz[1] lorsqu’il dit :

 

« La laïcité est une valeur essentielle, avec ce souci de la liberté de conscience et de l’égalité de tous les hommes, qu’ils soient croyants, athées ou agnostiques. L’idéal laïc n’est pas un idéal négatif de ressentiment contre la religion. C’est le plus grand contresens que l’on puisse faire sur la laïcité que d’y voir une sorte d’hostilité de principe à la religion. Mais c’est un idéal positif d’affirmation de la liberté de conscience, de l’égalité des croyants et des athées et de l’idée que la loi républicaine doit viser le bien commun et non pas l’intérêt particulier. […] « 

 

Toute action en France en direction des religions, doit se situer dans la perspective de cette égalité républicaine. Si pour des raisons complexes, qui parfois mêlent l’environnement économique ou le contexte international -terrorisme, conflit régional- certains discours de haine islamophobe, antisémite, antichrétienne venaient à perturber l’équilibre de nos valeurs, il est alors du devoir de la puissance publique de garantir le respect du cadre qui régit le vivre ensemble. Dans cette optique, on ne peut que se réjouir des propos tenus par  Manuel Valls,  Ministre de l’Intérieur, également ministre des cultes, qui lors de sa prise de fonction a déclaré : « Nous ne stigmatiserons aucune communauté ».

 

Ce vivre-ensemble qui garantit à chacun des droits, induit en parallèle des devoirs. Ces devoirs qui s’appliquent aux citoyens, notamment en termes de respect de nos institutions et des principes qui fondent le vivre ensemble, supposent également la vigilance de l’Etat quant aux évolutions de la société française et aux besoins qui pourraient naître de ces transformations y compris dans le champ du religieux.

 

Pour combattre les discours extrémistes ou de haine, il nous faut impérativement veiller à préserver l’équité entre tous dans le champ des libertés fondamentales conformément à l’esprit d’égalité qui anime notre projet de société. La pratique des cultes en France ne doit pas déroger à ce principe, car si la religion relève bien du domaine de l’intime, elle est par sa connotation symbolique forte un élément qui permet à l’individu de se situer par rapport aux autres dans un collectif. Cependant, la communauté de foi ne peut légitimer aucun enfermement communautariste. Afin d’éviter de tels risques, il importe de maintenir une égalité de traitement. C’est pourquoi, l’Etat ne doit pas hésiter à intervenir, lorsque des aspirations touchant au croire peuvent constituer des points de cristallisation ou d’incompréhension, alors qu’elles sont conformes au cadre qui régit la liberté de cultes

 

Sans nier la montée du fondamentalisme dans toutes les religions et s’agissant de l’Islam, l’influence croissante du wahhabisme ou du chiisme liberticide des ayatollahs iraniens, il est urgent de rappeler que l’islam ne se réduit pas à ces extrêmes. La culture islamique n’est pas homogène. Chaque société l’a adaptée à son temps et à son histoire et la présence de plus en plus importante des musulmans en Europe est un facteur d’évolution de la pensée islamique.

 

A cet égard, nous devons laisser à l’islam de France et aux citoyens musulmans de notre pays le temps d’inventer eux-mêmes les formes nouvelles d’expression et de socialisation de leur foi qui seront plus en harmonie avec le paysage culturel et l’héritage historique de la République. Et nous devons les soustraire à la pression constante de critiques et d’attaques souvent violentes qui les contraignent à adopter une posture purement réactive. C’est l’apaisement du débat non le feu des polémiques, souvent vaines, qui favorisera, à terme, en France l’émergence de cet islam-là.

 

En France, nous continuons à parler de l’islam, deuxième religion en nombre de pratiquants, comme d’un phénomène étranger, inconnu, ignoré, forcément menaçant même lorsque sa pratique est paisible et discrète. Pourtant, l’islam fait partie intégrante de l’Histoire de France. Sans remonter à Charles Martel, ni même à la colonisation de l’Algérie en 1830, il n’est pas inutile de rappeler que la Grande Mosquée de Paris a été inaugurée en 1926 en reconnaissance du sang versé pour la France par les musulmans !

 

L’ignorance qui entoure l’Islam ne porterait pas à conséquence si elle ne nourrissait l’incompréhension, les préjugés, les amalgames, entre Islam et obscurantisme et, plus grave, le rejet de l’autre. Il convient de ne pas méconnaître ces aspects puisque bien souvent, comme le soulignait Ibn Arabi, grand penseur soufi  « les Hommes sont les ennemis de ce qu’ils ignorent ».

 

Or,  force est de constater qu’il existe aujourd’hui un certain nombre de sujets concernant l’islam pour lesquels la puissance publique n’a pas encore su donner de réponses définitives ou satisfaisantes. Qu’il s’agisse « des carrés musulmans » ou de la construction des lieux de cultes, de la formation des imams notamment l’absence de formation théologique, voire la question des assistantes maternelles, « les nounous » qui a fait l’objet d’une proposition de loi du Sénat, qui a transgressé les distinctions traditionnelles entre espace public et espace privé.

L’enjeu commun à ces sujets dépasse les aspects techniques, et se situe au cœur même de la question de l’intégration citoyenne.

 

Vivre, mourir et après ? …

 

Le poète Nazim Hikmet affirmait que deux visions s’offraient au regard du mourant : « Le visage de sa mère et les rues de la ville dans laquelle on a vécu. ». Ce qu’il avançait ainsi était le lien consubstantiel du passé et du présent. La mère rappelait d’où on venait, la ville là où on avait choisi de vivre. Les choix de l’individu se matérialisent alors dans une vision de son existence. Il n’est pas surprenant que les  lieux prennent une place importante dans cette vision. Les lieux nous transforment, nous émeuvent, nous accompagnent, même au-delà de la vie.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             

 

Or précisément, le lieu du repos éternel constitue l’occasion d’un déchirement pour de nombreux musulmans vivant en France. Notre pays ne permet que trop rarement aux musulmans de pouvoir reposer éternellement sur notre territoire, en raison du manque de carrés confessionnels.

 

A la douleur du décès s’ajoute, pour les musulmans, le déchirement de voir le cercueil du défunt rejoindre autre pays, généralement de l’autre côté de la Méditerranée, où il pourra reposer suivant les rites de sa religion.  Celui qui a vécu toute sa vie en France voire qui y est né, qui a contribué par son travail, en y laissant souvent sa santé, à la construction du pays, qui s’y est intégré se retrouve, une fois mort, enseveli dans une terre avec laquelle les liens se sont progressivement distendus ou parfois dans un pays qu’il n’a jamais connu.  Sa famille, vivant elle aussi en France dans la majorité des cas souffre d’une double absence, absence du défunt, absence d’une tombe proche sur laquelle se recueillir quand le besoin se fait sentir.

 

Le concitoyen de confession musulmane semble ainsi jusque dans la mort une pousse, un rejeton dont la France peine à reconnaître l’appartenance à la Nation. Situation qui ne va pas sans interroger la réalité  du message républicain de respect de la foi et de traitement égal de l’ensemble des religions. Aucun obstacle juridique n’existe pourtant dans le cadre de la laïcité établie par la loi de 1905. La seule volonté politique des élus doit pouvoir permettre à tous les citoyens de participer de cette intégration par la terre. A nous, socialistes, de porter ce qui n’est pas une revendication communautaire, ni une dérogation mais la possibilité d’être citoyen dans cet état que chacun connaîtra , au soir de sa vie.

 

La mise en place des carrés confessionnels dans les cimetières n’est donc pas une entorse au pacte républicain, cela conforte au contraire le triptyque ornant le frontispice de nos Institutions.

 

Les bonnes pratiques

 

La construction des mosquées constitue un autre enjeu problématique quand on parle de l’islam. Ce thème trouve de surcroît  un réel écho auprès des médias. La mosquée est un élément visible dans le paysage, il n’est alors guère surprenant de la voir devenir un épouvantail pour tous ceux qui cherchent à jouer sur les peurs, alors même que les tensions avec celles effectivement construites sont rares.

 

Ce sujet pour important qu’il soit ne doit plus constituer un objet de crainte pour les élus locaux. Des solutions existent. Les élus peuvent trouver les réponses à nombre de leurs interrogations dans le remarquable travail de synthèse de Jean Glavany publié par la fondation Jean Jaurès qui propose des solutions concrètes et réalistes dans le respect de la loi et des principes de la laïcité.

 

Des exemples de bonnes pratiques existent dont désormais les élus peuvent s’inspirer. Ainsi la mosquée de Cergy par exemple est un modèle d’un Islam de France respectueux de la laïcité. L’imam qui y prêche n’est pas, comme cela s’est trop longtemps vu, envoyé par le pays qui a financé la construction de la mosquée mais a été choisi après un appel à candidatures, le long  d’un processus transparent. Dominique Lefebvre, maire de Cergy, à su déployer une ingénierie républicaine complexe pour faire aboutir ce projet.

 

Il faut également évoquer le cas de la Grande Mosquée de Strasbourg qui a fait l’objet d’une intense communication auprès des habitants dans l’espoir que les Alsaciens musulmans ou non se l’approprient pendant et après la construction. Roland Ries a ainsi eu le courage de revenir sur une décision de Fabienne Keller, ancienne maire UMP de la ville, pour permettre la construction d’un minaret et d’un centre culturel, bravant la fachosphère, et pour traiter les musulmans à l’identique des juifs et chrétiens. Certes le maintien du Concordat en Alsace Moselle confère plus de possibilités aux élus, mais force est de constater qu’il y a surtout nécessité de traiter de manière égale toutes les religions, sans discrimination aucune.

 

Ces deux exemples démontrent que l’Islam est parfaitement compatible avec la laïcité et fongible dans l’identité nationale dès lors que l’on s’en donne les moyens. A ce titre, il conviendrait sans doute de fournir, via la FNESER une boite à outils et à idées au profit des élus locaux pour  partager les bonnes pratiques.

 

La mise à disposition de lieux décents pour la pratique du culte nous prémunira  de la visibilité des prières dans la rue qui sont d’une part, indignes pour la pratique du culte et d’autre part, qui ne sont pas tolérables pour l’ordre public.

La perception d’une égalité de traitement en matière de culte revêt un caractère d’autant plus fondamental pour la France, que la période de crise économique que nous traversons accentue les lignes de tensions sociales à l’intérieur de notre société. Pour la République, l’enjeu de l’égalité de traitement de l’Islam en France revêt un double aspect à la fois sociétal et symbolique : sociétal comme démonstration de la volonté de l’Etat à garantir un cadre juste pour tous, et symbolique par la capacité qu’il a à agréger l’altérité dans un socle commun.

 

Nous tiendrons ainsi à distance les désordres du monde qui parfois viennent se greffer sur la question de l’Islam en France.  Pour cette religion si sensible de par l’histoire qui la lie à l’Occident et au monde arabe, seule la banalisation et l’égalité de traitement dans la pratique du croire peuvent amener à préserver le vivre en commun républicain.

 

Conseil français du culte musulman et imams.

 

L’égalité de traitement entre les cultes doit également être institutionnelle. La représentation de l’Islam de France, le dialogue qu’il entretient avec l’Etat, sont de véritables enjeux. Il ne doit plus, comme cela a été le cas ces dernières années, servir à des instrumentalisations politiques qui décrédibilisent tant les instances représentatives que l’Islam de France.

 

Le dialogue avec l’Etat doit uniquement avoir trait à l’organisation du culte. Nous devons nous affranchir définitivement de l’idée que les religieux représentent toutes les personnes issues de l’immigration. Cet amalgame, qui renvoie, sans cesse, chacun à ses origines et l’assimile à une religion héritée est insupportable ; nous devons nous en défaire.

 

Nous devons également, dans ce dialogue, nous départir définitivement des allégeances aux pays d’origine. L’Islam est ancré en France ; il doit exister un Islam de France comme il existe une Eglise de France. Pour cela la formation d’imams français et républicains, non soumis aux influences extérieures, est une priorité. Espérons aussi que l’arrivée au sein du CFCM d’une nouvelle génération, dépourvue d’allégeance envers les pays d’origine, permettra à l’Islam de France de s’émanciper et de s’ancrer dans la République.

 

 

La question de la viande halal

 

Le débat sur la viande halal dépasse la stricte question religieuse. C’est aussi une question de transparence liée au droit à l’information des consommateurs, aux règles sanitaires, mais aussi une question économique. La viande française certifiée hallal est un enjeu économique important à l’export. Au delà de l’aspect religieux qui ne doit pas être sous-estimé, il s’agit de traiter cette filière également comme une question économique.

La question de la viande halal dans les cantines peut être réglée en offrant aux enfants une diversité de protéines : œufs, poisson, steak de sojas, etc. Offrir un choix est maintenant chose admise dès lors que les cantines sont en majorité des self-services.

Néanmoins, le consommateur musulman doit pouvoir être assuré que les organismes certificateurs respectent leurs engagements et les normes sanitaires.

 

De la responsabilité dans le rapport au religieux

 

Il nous importe donc de tenir sur ce sujet un discours différent de la droite, juste et républicain. Il ne s’agit pas en effet de proposer un regard conciliant vis-à-vis de comportements qui pourraient poser problème. Comme le rappelle le philosophe Abdennour Bidar, « l’écueil à éviter c’est celui de l’empathie sans discernement vis-à-vis du religieux et des musulmans qui seraient considérés exclusivement comme minorité victime d’une oppression culturelle. Une gauche qui s’en tiendrait à un discours émotionnel de l’empathie et de l’expiation serait jugée irresponsable. »

 

 

 

 

Pour un retour à une laïcité émancipatrice

 

Notre démarche politique, à nous socialistes, doit être de réaffirmer que la laïcité n’est pas hostile aux religions, elle permet de les inscrire dans une société moderne respectueuse des libertés individuelles ; la laïcité n’exclut pas, bien au contraire car elle permet à chacun, croyant ou non, de s’émanciper.

 

Conscients de cet héritage, nous devons affirmer haut et fort ce message : l’islam a toute sa place en France. Nous devons aussi changer de regard. L’islam est ancré de longue date dans notre Histoire. La République doit tenir à son propos le même langage qu’elle tient aux autres cultes. Elle doit lui accorder les mêmes droits, lui imposer les mêmes devoirs.

 

Nous socialistes et républicains, ne pouvons plus ignorer tous ceux qui vivent leur foi de façon apaisée. Nous devons être solidaires de tous les musulmans républicains qui sont aussi dépositaires comme chaque français de la laïcité. Nous devons être solidaires de tous ceux qui luttent contre les dérives du message religieux, contre ceux qui se camouflent derrière la religion pour imposer des pratiques dévoyées, qui font d’un message spirituel un discours de terreur et contre tous ceux qui facilitent par leur discours le passage à la violence.

 

 

Passer de la commisération à la considération. Répondre à la demande de dignité : La « karama »

 

Mais au delà de l’Islam, il est urgent de remédier aux causes qui ont conduit à des crispations communautaires et au développement de pratiques inspirées de courants les plus obscurantistes dans certains quartiers. Les  cause principales sont la colère et le désespoir. Nos banlieues sont en colère d’avoir été abandonnées ou mis à l’écart. Trop souvent les jeunes des quartiers populaires sont enfermés dans une identité  réelle ou supposée de « jeunes issus de l’immigration », de banlieusards, de chômeurs ou de musulmans.

 

Comment s’étonner que certains s’emparent de cette identité comme d’un étendard pour la retourner contre ceux qui la leur ont envoyée à la figure. Alors qu’il y a aussi dans nos quartiers populaires des entrepreneurs qui se révèlent, des artistes  qui émergent, des sportifs qui portent haut le drapeau tricolore. Ces jeunes de confession musulmane se définissent d’abord comme français et ils tiennent à marquer ainsi la primauté de la citoyenneté sur l’identité. Si, comme pour chaque français  la  question de l’emploi, de l’école, du logement et de la santé est importante, il y a surtout une demande forte de  dignité et de respect.

 

 Bref, au delà de l’Islam, il est urgent de re-faire de nos quartiers une véritable priorité nationale. Pour que la colère tombe et avec elle tous les comportements extrêmes qu’elle génère. Il faut des actes aussi bien symboliques que concrets qui prouvent à toutes les populations reléguées qu’elles font l’objet de la considération des pouvoirs publics. La promesse de François Hollande de faire toute sa place à la jeunesse de France doit se concrétiser jusque dans nos quartiers populaires.

 

Ainsi, la méconnaissance ou les fantasmes qui entourent l’Islam ne doivent pas être une justification à un déni de droits en matière de traitement des cultes. Appeler à ce respect de la loi pour l’Islam ne doit pas être interprété comme un appel en faveur d’une communauté en particulier, car en France il n’y a de communauté que celle des citoyens et c’est en elle seule que nous devons nous reconnaître.

 

Nous le rappelons avec force : la loi doit protéger la foi aussi longtemps que la foi ne prétendra pas faire la loi. La banalisation de l’Islam dans notre pays sera le test de crédibilité de la laïcité. Ce ne sont pas les religions qu’il faut combattre mais le pacte républicain qu’il faut rétablir.

 

 

A propos barizakhiari

Sénatrice de Paris Membre du Parti socialiste
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