Discours en l’honneur de l’éditeur Marocain, Abdelkader RETNANI, à l’occasion de la cérémonie de remise des insignes d’officier dans l’Ordre National de la Légion d’honneur

Monsieur le Conseiller, Votre excellence, Mesdames et messieurs

 

Cher Abdelkader RETNANI,

Il me revient aujourd’hui l’honneur de vous remettre les insignes d’Officier de la Légion d’honneur, distinction par laquelle la République salue une œuvre, un acte ou un parcours exemplaire.

Merci à vous d’avoir souhaité que je sois l’intercesseur de cette marque de reconnaissance de la République française.

Car, s’il s’agit d’un grand honneur que de recevoir cette distinction, c’est également un grand honneur, et un véritable bonheur pour moi de vous la remettre.

Vous êtes un homme de lettre du Maroc, je suis une femme de lois de France. Vous portez haut les couleurs de la France et de la francophonie dans votre pays, et je suis une marocaine de cœur, et même d’esprit.

De part et d’autre de la Méditerranée, nous avons des valeurs communes et je sais que chacun de vos invités ici présents, qui pour certains ont fait plus de deux milles kilomètres pour être à vos cotés, qu’ils en soient très particulièrement remerciés, communient dans ses valeurs.

Votre parcours, Monsieur Retnani est marqué par le sceau des arts et des lettres, de la culture francophone que vous allez contribuer par l’ensemble de vos activités à faire rayonner dans le monde arabe, notamment.

Né à Casablanca en 1945, vous grandissez dans le Royaume chérifien où vous effectuez votre scolarité et une formation universitaire en gestion.

 

Vous auriez pu alors suivre la feuille de route tracée pour tout diplômé en gestion, et embrasser une carrière administrative, ou au service d’une entreprise.

Mais ce choix raisonnable et prévisible ne vous satisfait pas. Après les Chiffres, vous choisissez les Lettres.

Depuis maintenant 31 ans, vous avez choisi la profession mythique d’éditeur que vous exercez au Maroc.

Et c’est cet attelage particulier de Chiffres et de Lettres, d’eau et de terre, qui caractérise le mieux votre pâte.

Vous avez du gestionnaire le souci de la rigueur, l’endurance à la tâche, le goût du labeur ; et vous avez su mettre ce triptyque au service du livre.

La France est un pays qui vénère les gens de lettres ; une nation où les métiers du livre bénéficient d’un prestige singulier et le métier d’éditeur d’une aura puissante : l’éditeur, c’est l’homme de l’ombre, mais aussi le pygmalion.

C’est le laborieux à la recherche du Graal. C’est l’homme des lettres, et l’homme des chiffres.

Si je devais rapprocher le métier d’éditeur d’une divinité mythologique, je dirais que c’est Janus, l’homme à deux têtes, symbolisé par un double visage qui regarde aussi bien à gauche et à droite ; à l’intérieur qu’à l’extérieur, qui voit le pour et le contre.

Janus est le gardien des passages et des croisements, celui qui préside au changement et à la transition ; il est le gardien de la tradition et l’éclaireur de la modernité. Votre  catalogue, riche de 600 titres, offre autant de fenêtres ouvertes sur la création et sur une manière d’être au monde ou plutôt, des manières d’être au monde.

Le nom de votre maison d’édition est riche de sens : la croisée des chemins. Et les quelques phrases de Rachid Mimoumi, l’algérien, que vous mettez en exergue sur le site de votre maison d’édition, traduisent votre état d’esprit,  et la conception que vous avez de votre métier :

«  Je crois à l’intellectuel comme éveilleur de conscience, comme dépositaires des impératifs humains, comme guetteur vigilant prêt à dénoncer les dangers qui menacent la société ».

 

Tous ici, nous sommes unis dans cette même conviction.

Vous avez de votre métier une conception engagée, militante, et comme en amour, les déclarations ne suffisent pas, il faut des actes, telle est, je crois votre préoccupation quotidienne : Penser en homme d’action, agir en homme de pensée.

En fidélité avec vos convictions, vous avez contribué à la mise en place au Maroc de bibliothèques rurales des livres. Et, convaincu que la diffusion du  livre, de la culture, du savoir est un combat qui nécessite le concours de tous, la réunion des forces, des esprits, des talents, vous etes président fondateur de l’AMPL, Association marocaine des professionnels du livre, qui est un espace de dialogue et de discussion autour des évolutions du métier.

Parallèlement, vous êtes membre au conseil d’administration du centre africain de formation des éditeurs et libraires qui a pour objectifs de donner aux éditeurs et libraires les moyens de faire face aux évolutions de leur profession de manière à leur assurer une meilleure adaptation et une plus grande extension de leurs activités.

 

Vous êtes un acteur majeur du réseau du libre au Maroc et à un ambassadeur de la francophonie en Afrique.

Par ailleurs, votre engagement en faveur de la langue française va bien au-delà. Vous fûtes l’organisateur et le président du congrès international des études francophones sous l’égide de feu sa majesté roi Hassan II à Casablanca. Plus de 500 universitaires assistèrent à cet évènement de grande ampleur témoignant de la vitalité de la francophonie mais aussi de l’attachement du Maroc à cette langue et à la culture française.

Vous avez aussi été membre du comité exécutif du conseil international des études francophones qui regroupe notamment des universitaires nord américains participant ainsi de la vitalité de la culture française dans le temple du monde anglo-saxon.

Vous avez donc su porter haut la culture française, vous faisant le passeur culturel entre deux mondes liés par une histoire ancienne, commune et chaotique à la fois. C’est autour de l’échange et du partage que vous avez axé une partie de votre existence, non seulement au travers de la francophonie mais aussi autour du dialogue interreligieux, de l’apprentissage d’un passé commun à des croyants d’horizons divers.

C’est le sens de votre engagement dans le Projet Aladin, et nous sommes plusieurs à promouvoir ici, atour d’Abe RADKIN, ce magnifique programme culturel et éducatif lié aux relations judéo-musulmanes.

En 1993, vous publiez Mogador mon amour, de Marcel Crespil, auteur né à Essaouira et qui retrace son parcours entre les multiples pays qui l’ont porté. Vous avez aussi publié 2000 ans de vie juive au Maroc de Haim Zafrani et Lumière de l’ombre d’Edmond Amran El Maleh portant sur la mystique soufie. Vous publierez aussi mémoires juives du Maroc oriental retraçant la vie des juifs dans ce territoire sur 2000 ans. Vous faîtes ainsi écho à la volonté de Sa Majesté le Roi du Maroc qui a voulu que la Constitution reconnaisse la présence juive au Maroc, à l’instar des autres composantes de la société et de leur rôle et leur apport dans l’histoire du Royaume.

 

C’est dans ce sillage destiné à promouvoir l’interreligieux que vous allez distribuer, sous peu, en tant qu’éditeur, un ouvrage à mes yeux majeur, Histoire des relations entre juifs et musulmans des origines à nos jours, sous la direction d’Abdelwahab MEDDEB, et de Benjamin STORA. Ce livre doit beaucoup à Jean Mouttapa, acteur majeur du dialogue interreligieux en France et je profite de sa présence pour le saluer et le remercier, et au delà exprimer mon estime, ma reconnaissance, mon admiration à vous tous ici présent, écrivain, éditeur, distributeur, libraire,  hommes et femmes de lettres, qui faîtes vivre cet écosystème précieux et fragile du Livre. Et un mot aussi aux banquiers ici présent car leur rôle dans l’économie du livre est essentiel et qu’il faut qu’ils maintiennent leur confiance dans cette belle industrie, et ne prêter qu’une oreille distraite aux esprits chagrins qui prédisent la disparition du livre sous sa forme traditionnelle.

Puisse cet ouvrage rencontrer le succès qu’il mérite au Maroc.

Cher Monsieur Retnani, Pour compléter ce portrait emblématique de l’honnête homme, il me faut également mentionner le rôle que vous avez joué, en qualité  du Président du Raja de Casablanca, célèbre équipe du Royaume chérifien, que vous avez mené à sa plus grande gloire. champion du Maroc en 1988 puis champion des clubs champions d’Afrique en 1989, vous avez eu aussi les honneurs du ballon rond.

A ce propos, j’aimerais dire que votre popularité est telle dans votre pays que vous auriez pu réunir sans peine, à l’occasion de cette cérémonie, l’équivalent d’un stade de foot. Vous avez préféré, autour du Conseiller du Roi Monsieur André Azoulay et de son Excellence Chakib Benmoussa, réunir vos proches. Je suis très sensible à ce choix empreint d’humilité.

Je me dois, de souligner que, généralement, derrière le succès d’un homme, il y a toujours une femme, que je salue. Puisse cette distinction reconnaître également tous ceux qui y ont contribué par leur présence, leur soutien, leurs encouragements et leur critiques.

Homme accompli, soucieux d’ être un mens sana in corpore sanum, je suis heureuse et honorée d’être aujourd’hui la personne qui vous remet les insignes d’Officier de l’ordre national de la légion d’honneur.

« Au nom du Président de la République, nous vous faisons Officier dans l’ordre national de la légion d’honneur ».

A propos barizakhiari

Sénatrice de Paris Membre du Parti socialiste
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